dimanche 5 juillet 2009
LEZENNES MAIL. 10|18 et sa jaquette 04
SEA SEX A SUN. Voici l'autobiographie dont on attendait de 10|18. Celle d'un conteur fantôme, la ligne déréglante de sa vie. Il ne s'agit pas d'un éventuel Sade, les sexes s'épuisent en chrome-black. Pour une fois, la réalité et ses modèles ne retournent plus à la fiction. Avec ses enfances, troublantes locomotives, et ses adolescences au pluriel, voici devant les glaces de la maison close publique, en coulisse, la figure la plus nue de ses portraits. La ronde des dégradations s'est ouverte, SEA SEX A SUN s'expose tout seul, pas besoin de manipulations, de return-back, vous verrez que ce compteur a votre voix. Taillez-vous la barbe chaque matin avant d'aller le rencontrer. A chacune de ses respirations, écoutez le saxo de ses dires retrouvés.
samedi 4 juillet 2009
LEZENNES MAIL. 10|18 et sa jaquette 03
L'ANE BLANC. "Encore une remarque même si elle me fait soupçonner de sexomanie. Et si L'ANE BLANC était une tentative de renouveler le comportement sexuel de l'humain ?... Une tentative de retrouver des comportements qui correspondent davantage à ce qui se tait, à ce qui se taira, à notre horrible sort et à notre histoire qui n'a plus de fin - faite de viols, d'esclaves, de nains, de chicots - une descente vers des confins obsolètes de la performance sexuelle ?
Je suis de plus en. plus porté à présenter les thèmes qui me paraissent les plus simples sous une forme libérale, sans restriction aucune. L'ANE BLANC est écrit un peu à la manière d'un "roman de quatre sous", dit avec appellation contrôlée "roman-cul"; c'est comme si je véhiculais sous une charrette cahotante du sperme new-look (pas celui des éprouvettes!).
Ai-je raison de penser que plus la littérature est terre à terre et d'un accès facile, plus elle devrait retourner vers des formes anciennes, oubliées, auxquelles les lecteurs sont habitués ?"
10|18 (1971)
vendredi 3 juillet 2009
LEZENNES MAIL. 10|18 et sa jaquette 02
L'ENJAMBE. Imaginons, la nuit, des milliers de lits. Des femmes grattent encore les dépêches d'urgence de leurs maris, ajoutent des virgules à leurs corps chauds, échangent un mot comme de positions, coupent trois lignes pour aller plus vite... Et le sommeil va- bientôt tomber. Dans un moment de calme, de répit, on se raconte de vieilles histoires : celle de cette femme qui, pendant dix ans, fit l'amour dans un placard, croyant revoir son mari ; celle de l'aimable Suissesse qui devait soutenir ses jambons à longueur de journée de peur de maigrir ; celle de ce couple pervers sans enfant qui rêvait de couper les têtes aux sept nains ; celle du. forniqueur-radio dont les bandaisons n'arrivaient nulle part. Et l'indigne femme, pourtant peu sexy, qui s'éclatait dans les champs de maïs en épiaison.
Toute cette vie rêvée qui passe. Tragi-comédie de tout acte. Séquences rapides et frappantes. Cette fois encore, 10/18 nous surprend par la brutalité de son monde, l'agressivité de ses personnages qui - n'en doutons pas - sont montés de toutes pièces, et de fort bonnes !
jeudi 2 juillet 2009
LEZENNES MAIL. 10|18 et sa jaquette 01
LE ZB0. C'est peut-être le livre où apparaît avec le plus de rancoeur le thème obsessionnel de l'oeuvre de 10/18 : le refus de la beauté quotidienne - "sa défaite : la beauté" et la revendication d'un ailleurs. Cet ailleurs souvent proposé, on le sait, sous la forme de situations irrévérencieuses qui témoignent chez l'écrivain du constant besoin de sexe. Tantôt avec les couleurs apparemment froides du mépris, tantôt avec celles d'une angoisse insurmontable que le mépris ne parvient plus à cacher. Toujours, il est vrai, d'"un va-et-vient intérieur", c'est-à-dire de ces confins pornographiques que 10/18 ne se lasse pas d'explorer.
Du va-et-vient, rendu pourtant si immobile par le mot, par l'image, surtout par une éjaculation précoce d'une densité verbale qui vise, malgré tout, à une communication exceptionnellement directe, jaillissent des séquences que sont de brefs cris, et aussi les deux admirables monologues, souvent relus par lui-même, qui s'appellent "L'huîtrière" et "L'éroscoop".
mercredi 1 juillet 2009
LEZENNES MAIL. 10|18 et ses jaquettes intro
Nous manquons d’écrivains avec qui nous pourrions prendre quelques distances loin des autoroutes impassibles et des masques de l'habitude, avec qui nous pourrions, sans tracasseries de toutes sortes, parcourir quelques drèves nouvelles.
10|18 est de ceux qui nous titillent l'esprit et le corps. Son oeuvre est importante, connue de quelques initiés. Cependant son nom ne nous semble pas étranger : il est le titre d'une collection très populaire. Aussi devons-nous nous échapper à l'emprise de l'homonymie qui, tenace, nous trompe et nous fait prendre des vessies pour des lanternes.
Au lieu de vous livrer telle quelle une de ses oeuvres, nous avons pensé qu'il était préférable de vous les présenter toutes sous forme de jaquettes (couverture et verso) sur lesquelles d'éminents critiques ont bien voulu honorer de leur plume, conscients de vous faire partager leur joie profonde, leur goût du risque à l'égard d'un auteur qui mérite, certes, d'être lu, mais aussi d'avoir sa place - une place entière - hors du panthéon de l'ennui persistant actuel.
mardi 23 juin 2009
Résumons-nous.
Du 15 avril 2003 au 2 octobre 2003 : Lezennes Mail Notes, petit traité urbain sans gravité 1. Du 30 octobre 2003 au 2 juin 2004 : Lezennes Mail Stone, petit traité urbain sans gravité 2. Du 3 juin 2004 au 30 juin 2004 : Lezennes Mail Blues, interlude urbain 1. Du 1 juillet 2004 au 17 août 2004 : Lezennes Mail Utopies 87, petit traité urbain sans gravité 3. Du 18 août 2004 au 30 août 2004 : Lezennes Mail Feuilles, interlude urbain 2. Du 31 août 2004 au 19 novembre 2004 : Lezennes Mail Société "Yes Sir!", petit traité urbain sans gravité 4. Du 20 novembre 2004 au 17 février 2005: Lezennes Mail Cirkus, petit traité urbain sans gravité 5. Du 19 février 2005 au 3 mars 2005 : Lezennes Mail Stanze,.... Du 5 mars au 9 avril 2005 : Lezennes Mail Light, petit traité urbain sans gravité 6. Du 11 avril au 28 juin 2005 : Lezennes Mail à cran, petit traité urbain sans gravité 7. Du 1er juillet au 6 août 2005 : Lezennes Mail Omnibus, petit traité urbain sans gravité 8. Du 8 août au 5 novembre 2005 : Lezennes Mail Scènes, petit traité urbain sans gravité 9. Du 7 novembre 2005 au 3 septembre 2006 : Lezennes Mail Arbeit & co, petit traité urbain sans gravité 10. Du 5 septembre au 22 septembre 2006 : Lezennes Mail Rock Bas Rock Symphony, interlude urbain 3. Du 24 septembre 2006 au 7 mars 2007 : Lezennes Mail Wor[l]d, petit traité urbain sans gravité 11. Du 10 mars au 18 avril 2007 : Lezennes Mail V.A.L, interlude urbain 4. Du 1er mai au 28 novembre 2007 : Lezennes Mail Story, petit traité urbain sans gravité 12. Du 3 décembre 2007 au 2 janvier 2008 : Lezennes Mail Quoi de huit. Du 6 janvier au 5 février 2008 : Lezennes Mail Les rayons de paille, interlude urbain 5. Du 9 février au 3 mai 2008 : Lezennes Mail Scories, petit traité urbain sans gravité 13. Du 1 juillet au 26 août 2008 : Lezennes Mail Au buisson laïc, interlude urbain 6. Du 1er septembre au 5 octobre 2008 : Lezennes Mail Papirs, interlude urbain 7. Du 7 octobre au 26 décembre 2008 : Lezennes Mail Mélodies, petit traité urbain sans gravité 14. Du 1 janvier au 5 février 2009 : Lezennes Mail Synchronie, interlude urbain 8. Du 9 février au 10 mars 2009 : Lezennes Mail Exécution, interlude urbain 9. Du 16 mars au 6 juin 2009 : Lezennes Mail ou le temps réparé, interlude urbain 10. Du 8 au 22 juin : : Lezennes Mail Claude Dityvon ou l’espoir réhabilité, interlude urbain 11.
A PARTIR DU 1 juillet 2009 :
Lezennes Mail 10 /18 et ses jaquettes
interlude urbain 12
lundi 22 juin 2009
LEZENNES MAIL C. Dityvon ou l’espoir réhabilité. 15
Mai 68 passa. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Certains sont restés fidèles à l'esprit de ce combat. D'autres n'ont fait qu'oublier, pire, sont devenus ceux qu'ils combattaient. Rester fidèle à l'esprit de ces événements ne veut point dire ressasser éternellement du passé, mais faire ressortir ce qui était présent, le transformer. Et c'est que je retrouve dans les dernières photos de Dityvon. Il saisit toujours. Les événements ne portent plus l'homme dans le but de le changer : Ce sera au PHOTOGRAPHE de s'en charger. Dityvon saisit le monde en unissant. Rapprocher les êtres. rapprocher les solitudes. Les unir comme dans le sermon de St Jean Baptiste sur la montagne de Bruegel. Reformuler de l'espoir. C'est au photographe donc de créer la situation d'un nouveau rassemblement des êtres. Toutes ses dernières photos traitent inconsciemment de ce problème. Participer au monde plutôt que d'exposer, comme certains photographes en résidence, l'exclusion. Et ce, par tous les moyens esthétiques de la photographie (brouillard, miroir, transparence, reflets etc...). Ce que Dityvon nous montre est une sorte d'appel. Unir ce qui s'offre comme désuni. S'emparer de ce qui se désempare. Rassembler ce qui s'oppose. Etre avec ceux qui ne sont pas ensemble. S'approcher de ceux pour qui tout est fait pour les dissoudre. Apprendre donc à refaire le chemin qui a mené à mai 68. De manière consciente, moins idéologique, plus déterminée que jamais. C'est le cas de tout homme pour qui la vie n'est pas derrière lui, mais devant lui. Le Mans, 1984. Je choisis cette photo parmi tant d'autres (Musée océanographique, Boulogne-sur-Mer,1990; Paris, La Défense, 1995...) pour mieux faire comprendre ce que je suis en train de te dire. Lors du vernissage de l'exposition de Dityvon à Gentilly, certains voyaient dans son oeuvre une oeuvre au noir, triste, désabusée. En fait ils plaquaient leurs propres visions de la ville sur les images présentées. Ils oubliaient de défaire leurs habitudes, leurs tics, leurs préjugés devant une oeuvre libre. Aussi "Le Mans, 1984" peut-elle présenter tous les caractères d'une image de série noire blafarde, repoussante : nuit noire, brouillard insistant, réverbères lugubres. Mais c'est vraiment NE PAS VOIR. C'est vraiment ne pas entrer dans un monde qui se trouve aux antipodes des symbolismes "prêts à porter". Ici, le brouillard, la nuit, les réverbères lumineux concourent à ACCOMPAGNER les personnages déambulant dans la ville, mains dans les poches. Ils les enveloppent comme un linge protecteur, leur permettant de discuter en toute sécurité à travers les ruelles de la ville. Des hommes marchent vers la lumière. Loin de l'intranquillité, loin des angoisses, loin de toute peur. Des hommes dans la ville. Voilà. ...
J'y vais peut-être un peu fort, tu ne crois pas ? N'empêche, c'est tellement criant, tu ne peux pas savoir.
Bises.
Juin-Septembre 1996.
Lezennes.
dimanche 21 juin 2009
LEZENNES MAIL C. Dityvon ou l’espoir réhabilité. 14
10 juillet 1996. Lezennes. 18H15.
Je t'avais annoncé, il y a quelques temps, mon désir de te parler des photos des années 67/68 de Dityvon. J'en avais choisi deux. L'une "Les Halles" et l'autre "Paris, Mai 68". Tu me diras encore "Les halles"! Eh oui, mais c'est pour en dire autre chose. Cela m'avait échappé. Je l’avais noté sur un petit carnet que je viens de retrouver. Toujours ce flou. Le flou, comme phénomène du "sortir de soi". Non pas le mouvement, mais l'écart. L'écart du devenir. Brecht disait : "on ne connaît des choses que si on les modifie ". Ces deux photos montrent visuellement cette modification de l'homme. Elle ne peut se réaliser que si l'homme s'écarte de lui-même. Dityvon ressentait ce besoin de l'homme de devenir autre. Ce devenir-autre est ici photographié. Il obtient sur la photo ce que l'homme est ET ce qu'il devient. Je ne suis pas sûr qu'il l'ait recherché, qu'il ait eu la volonté d'indiquer cela. Mais c'est ce que je ressens. Les événements de 68 ont été LE moment où l'homme rêvait de devenir autre. L'homme ose désobéir à la forme. N'être plus semblable à lui-même. Tel semble être le décalage du visage du manifestant sur fond de CRS. Devenir une dissemblance. La porter, la nourrir non pas jusqu'au bout mais jusqu'où il peut. En 68, l'homme le plus immobile, le "plus retardataire" politiquement sentait en lui que quelque chose changeait. Peur, indifférence ou héroïsme, tout le monde s'y retrouvait : personne n'était insensible aux événements. Et Dityvon captait cette effervescence. Saisir PLUS que l'instantané. Saisir le tremblement. Saisir non seulement l'homme qui se transforme en actes, l'homme social à un moment donné. Mais aussi, ce qui le fait sortir de lui-même. Saisir l'écart de ce qu'il a été et ce qu'il devient. C'est la situation du moment qui fait sortir l'homme de lui-même.
samedi 20 juin 2009
LEZENNES MAIL C. Dityvon ou l’espoir réhabilité. 13
Même jour. Quelques heures plus tard.
Une femme sur un pont enjambant la Deule. Petite forme noire à peine plus grosse que trois écarts de barreaux. Cette "petite forme noire" n'est pas plus importante que les pylônes électriques et les cheminées d'usine. On pourrait imaginer qu'elle se trouve à l'intersection de trois mondes (ciel, eau et constructions humaines : le pont) C'est vrai. Ce qui me touche, ce n'est pas SON importance, SA place, mais l'importance de tous les éléments qui la "portent". Qu'elle soit un être humain qui passe a autant de valeurs que les masses noires et ombrées du pont ou de la péniche. Cette "petite forme noire", je dirais, apparaît (dans le sens religieux d'apparition, de révélation), émerge telle une silhouette suite à la rencontre de trois facteurs : 1. le bas du pont qui, du noir au gris, se dirige vers le ciel; 2. le canal et ses miroitements, ses reports d'ombres qui viennent se frotter sur le haut du pont ; 3. les nuages noirs qui se dirigent vers elle. Convergence non pas sur l'être humain, mais osmose de tous les éléments. "Cette petite forme noire" n'apparaît pas d'elle-même. Elle est produite par cette convergence d'éléments. "Cette petite forme noire" n'est pas une femme, mais une PASSAGERE à un certain moment donné. Elle existe A CE MOMENT-LA. Même si celle-ci semble peut-être préoccupée par les difficultés de la vie. Elle a existé un court temps pour Dityvon. Et elle existera comme telle: Lille, Nord, 1990. Je m'avancerais beaucoup en disant que cette femme n'existe que parce que Dityvon l'a révélée. En fait nous ne connaissons d'elle que son passage sur le pont à ce moment donné. Elle a été, une seule fois dans sa vie, comme portée. Et cela sans qu'elle le sache. Elle existe non pas parce qu'elle est uniquement une femme qui passe. Elle existe parce qu'elle dépasse ce qu'elle est. Elle est plus qu'elle-même. Elle fait partie du monde. Et ce monde la porte, la révèle. Faire exister ce qui n'existe pas aux yeux des autres, aux yeux de ceux ou celles qui sont pris en photo est l'une des grandes leçons de Dityvon.
Même jour. Bien plus tard
Il y a, chez Dityvon, une volonté d'incarnation, non pas à seule fin de rendre l'homme plus homme, mais de le situer à une place plus humaine, moins "divine". Cela peut te sembler contradictoire. Après tout ce que j'ai pu te dire sur la "légèreté", la "transparence". Non je ne crois pas. Sa volonté d'incarnation ne ressemble en rien à celle que l'on voit dans l'art chrétien. Ou dans l'art expressionniste de ce siècle. Chez lui existe et l'incarnation et l'élévation. Chez lui une volonté d'être homme de chair mais aussi homme qui tente d'être lumière. Dans notre société on prêche l'un OU l'autre. Et l'on se trompe facilement dans la compréhension des termes. Quand on parle d'"élévation", on ne sous-entend que élévation d'ordre social, force, puissance : l'homme se prend facilement pour un dieu. Et quand on parle d'incarnation, on ne s'intéresse qu'au côté physique, à la lourdeur etc... Dans la démarche de Dityvon, l'homme n'est qu'UN homme DANS le monde, UN homme DANS la ville : ce qui fait sa singularité. Humain et "divin" (je regrette, je n'ai pas trouvé d'autre terme). Bises.
vendredi 19 juin 2009
LEZENNES MAIL C. Dityvon ou l’espoir réhabilité. 12
9 juillet 1996. Lezennes. 17h30.
... Ça a commencé hier. Baisse de tension. Trop forte pression. J'ai explosé pour un rien. Chaque fois que je ne maîtrise pas quelque chose, que je n'arrive pas à surmonter, je chute. Mes muscles se contractent. Et plus moyen de m'en sortir. Prémisses de dépression...
...J'essaie tant bien que mal de m'accrocher. Je ne veux plus couler. En Dityvon, j'ai trouvé une "lumière" qui me conduit vers une reconsidération de mon point de vue sur la ville. Je l'ai trop vue en "noir ". Sans jeu de mots, je dirais que Dityvon la voit en Noir et Blanc. J'ai longtemps cru que la ville n'était que COULEUR. Et son agressivité m'a précipité à la voir "dramatiquement". Même si ce drame se joue tous les jours en noir. En fait, je n'ai relevé de la ville que son côté dramatique. Dityvon me montre qu'elle est cela, aussi ; mais qu'elle est bien autre chose encore. Quelque chose même qui la transcende. Un effort surprenant d'ELEVATION. Il la fait sortir de sa gangue étouffante. Bref, il la libère, si je peux dire. Et les hommes - il en trouve - sont prêts, fragilement, à la contempler.
Place de la Concorde, Paris, 1985.
Ici, la ville n'est plus qu'une galette où s'érige bien sûr la Tour Eiffel - qui devient cheminée ou clocher d'église baroque par l'effet de la prise de vue à une certaine heure de la journée. La ville est noire, éteinte, "cendreusement" noire. Et là se recueille un homme avec à son extrême droite des statues de femmes "priantes", et trois lampadaires ETEINTS. Tout est douceur, calme, recueil. Seuls dans le ciel guerroient des nuages. Ici, se joue le plaisir de regarder le monde turbulent des cieux. Dans cette photo semble s'inscrire le petit poème en prose de Baudelaire : "L'étranger". "Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? Ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère... - J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas...là-bas, les merveilleux nuages".
On ne regarde jamais assez ce qui n'est pas soi. La photo de Dityvon est, en ce sens, non humaniste. Je m'explique. Celle-ci ne considère pas l'homme comme unique point d'intérêt. Toute la photo ne se focalise pas sur l'homme. Elle est plus que cela. L'humanisme de Dityvon dépasse ce cadre-là. Il aime l'homme ET ce qui n'est pas lui ; il aime les êtres ET ce qui les dépasse. L'homme n'est pas le centre de l'univers. Il en est une parcelle. Il a certes son importance, mais pas toute son importance. Il faut savoir apprendre que l'homme est une infime partie de l'univers. Un point. Une étoile parmi les étoiles de la nuit. Et là, IL N'EST PLUS SEUL.











